Le Hot–Cold Empathy Gap
#21 Pourquoi nos intentions ne survivent pas 10h
Bonjour 🙋♀️
Bienvenue dans cette édition #21 des Secrets de l’écologie désirable ! Toutes les 2 semaines, je partage des idées pour réinventer notre rapport à l'écologie, avec une pincée de design et de sciences comportementales. Merci de me suivre, et bonne lecture 💜
Cassandre

Pour me soutenir ou en découvrir plus, vous pouvez :
Devenir sponsor de cette newsletter, ou d’un post LinkedIn
Découvrir mes services The Good Habits pour entreprises
Me suivre sur Linkedin
Trouver +500 idées d'habitudes écoresponsables
Regarder mon TEDx (en 12 min top chrono)
J’ai aussi la chance d’être de plus en plus sollicitée pour partager ma vision d’écologie désirable dans des conférences, ateliers, missions design UX/UI ou bilans carbone. N’hésitez pas à en parler autour de vous !
Au programme
⏱ Temps de lecture < 10 minutes
Pourquoi nos intentions changent du tout au tout
3 façons dont ce biais sabote nos intentions
Ce que ça change pour nous, pour la société, et pour l’écologie
3 techniques pour l’anticiper
Le combat entre le soi du matin et le soi du soir
On a tous un nous du matin.
Celui qui coche des cases, qui est organisé, qui croit dur comme fer qu’à 20h, il aura l’énergie de cuisiner ce curry de légumes qui traîne dans ses favoris Instagram depuis 6 mois.
Et puis il y a… le nous du soir.
Celui qui a survécu à 128 notifications, 3 réunions inutiles, une conversation passive-agressive dans l’open space, et un métro où tout le monde respirait un peu trop fort.
Celui qui, franchement, ne peut plus affronter un oignon.
Alors oui, on se retrouve à commander un pad thaï “juste cette fois”.
Ou à abandonner l’idée d’aller à la salle.
Ou à se dire “bon… demain je m’y remets”.
On culpabilise un peu. Puis on oublie.
Jusqu’au lendemain matin, où le cycle recommence, comme si de rien n’était.
Mais il y a une bonne nouvelle ! Déjà, vous n’êtes pas seul. Et aussi, ce décalage n’est pas un manque de discipline, ni une faiblesse.
Les chercheurs George Loewenstein et Ted O’Donoghue lui ont même donné un nom très sérieux : le hot–cold empathy gap.
Un biais cognitif qui explique pourquoi nos intentions écologiques, alimentaires, budgétaires ou sportives… ne résistent pas à l’épreuve de la vraie vie.
Et si comprendre ce gap pouvait justement nous aider à mieux vivre (et mieux agir) sans se juger ?
Un peu d’empathie avec nous même, ce n’est pas de refus avant Noël. Et c’est tout l’objet de cette édition. ✨
Pourquoi nos intentions changent du tout au tout
Le hot–cold empathy gap, c’est un nom un peu barbare pour décrire quelque chose de très simple : nous ne sommes pas les mêmes personnes selon notre état émotionnel.
Quand on est calme, reposé, lucide (l’état cold 🧊), on a l’impression que ce “nous-là” est le vrai. Celui qui fait des choix cohérents, qui sait ce qu’il veut, qui anticipe, qui prend des décisions pleines de sagesse.
Mais dès qu’on est fatigué, stressé, affamé, débordé, excité ou contrarié (l’état hot 🔥)… tout bascule. Nos priorités changent. Notre perception change. Notre capacité de décision change.

Comme le résume George Loewenstein, l’un des chercheurs qui ont conceptualisé ce biais :
“Dans des états émotionnels différents, c’est presque comme si nous étions des personnes différentes.”
Et c’est précisément ça que notre cerveau n’arrive pas à intégrer :
il croit que notre version rationnelle gouvernera toujours. Mais c’est faux.
3 façons dont ce biais sabote nos intentions
Le hot–cold empathy gap n’a pas qu’une seule forme. Il agit à 3 niveaux.
1) Le gap prospectif : se tromper sur notre comportement futur en se basant sur notre état actuel
C’est celui qu’on vit tous les jours. On imagine nos décisions futures comme si notre état émotionnel ne changeait jamais.
C’est ce qui se passe pour un fumeur qui vient tout juste de finir sa cigarette et qui pense qu’il lui sera facile d’arrêter dans le futur. Ou pour une personne qui vit un deuil profond de penser qu’il ne sera plus jamais heureux.
2) Le gap rétrospectif : ne plus comprendre nos réactions passées
Après une dispute, une impulsion alimentaire, un achat compulsif, on se demande :
“Mais pourquoi j’ai fait ça ?”
Parce qu’entre-temps… on a changé d’état.
Le nous calme du présent ne comprend plus le nous en colère du passé.
3) Le gap interpersonnel : juger les autres à partir de notre état du moment
C’est celui qui crée des tensions dans les couples, les familles, les équipes… et même autour de l’écologie.
C’est l’exemple d’une personne bien reposée qui comprend mal un parent épuisé, ou d’une personne détendue qui ne comprend pas pourquoi l’autre n’achète pas en vrac alors que sa charge cognitive explose.
On oublie que l’autre est peut-être dans un état hot 🔥 alors que nous sommes dans un état cold 🧊.
C’est un biais massif d’incompréhension humaine. Et on le confond trop souvent avec de la mauvaise volonté.
Pourquoi ce biais change tout : pour nous, pour la société, et pour l’écologie
Ce qui est fascinant avec le hot–cold empathy gap, c’est que ce n’est pas juste un “truc de psychologie individuelle”.
C’est un biais structurel, qui influence :
nos politiques publiques
nos relations sociales
notre manière de juger les comportements des autres
et… la façon dont on conçoit la transition écologique.
On pourrait presque dire que le hot–cold gap est le moteur invisible de beaucoup d’incompréhensions contemporaines.
1) Le monde réel n’est pas construit pour nos émotions
La plupart des politiques climatiques, économiques ou sociales reposent encore sur une idée très XIXe siècle : l’humain serait rationnel.
Or, toutes les études de Loewenstein montrent l’inverse : nos décisions réelles dépendent fortement de notre état émotionnel du moment.
Résultat :
on crée des politiques pensées pour des citoyens cold 🧊
alors que la vie quotidienne se déroule en grande majorité en état hot 🔥
Et ce décalage explique beaucoup de choses.
Par exemple : pourquoi les actions écologiques “logiques” sur le papier ne deviennent pas des comportements réels.
2) Le hot–cold gap explique aussi nos tensions sociales
Quand on est reposé, on ne comprend pas pourquoi l’autre n’a pas la force.
Quand on est en joie, on ne comprend pas pourquoi l’autre s’agace.
Loewenstein et Leaf Van Boven l’ont montré avec une expérience étonnante : ils ont demandé à des participants d’imaginer ce que ressentaient des randonneurs perdus dans les bois. Ceux qui avaient soif au moment de l’expérience imaginaient les randonneurs bien plus assoiffés que les autres.
Moralité :
On ne juge jamais vraiment les comportements : on juge les comportements à travers notre état du moment.
3) Un biais qui renforce les inégalités
Ce point est essentiel, et souvent absent du débat.
Les catégories sociales qui vivent davantage :
le stress
l’incertitude
l’insécurité économique
la précarité
la charge mentale et cognitive
…passent objectivement plus de temps en état hot 🔥
Conséquence directe : elles ont moins de bande passante mentale pour les changements écologiques demandés.
Le hot–cold gap devient alors un amplificateur d’inégalités.
Et une clé pour comprendre pourquoi une transition écologique juste ne peut pas reposer uniquement sur la bonne volonté individuelle.
3 techniques pour anticiper ce biais
1) S’engager à froid 🧊 pour protéger le soi à chaud 🔥
C’est le principe du pré-engagement : quand on est calme et clair, on crée les conditions qui faciliteront la vie de notre version future (celle qui sera fatiguée, affamée ou sur-stimulée.)
Cuisiner le dîner du lendemain pendant qu’on a encore de l’énergie.
Programmer à l’avance une livraison de paniers de légumes pour éviter les courses improvisées en état hot.
Préparer ses affaires de sport à l’avance.
2) Observer ses patterns : le pouvoir du “je me connais”
Le meilleur prédicteur de nos comportements futurs, c’est notre comportement passé. Pas nos intentions.
Tous les mardis soir je suis rincé → je me prévois un plat maison que je prépare le dimanche.
En fin d’année, je n’ai jamais envie de réfléchir à l’impact écologique de mes choix → Je fais les décisions structurantes (achats, équipements, routines) en état cold.
Ce n’est pas s’auto-fliquer. C’est se donner une carte du territoire.
3) Visualiser son futur soi
Les recherches le montrent : quand on visualise notre futur soi réel (fatigué, distrait, en surcharge), on prend de meilleures décisions maintenant.
Quelques façons simples de le pratiquer :
Se demander : “Dans quel état je suis généralement à cette heure-là ?”
Laisser une mini-note dans la cuisine ou sur le téléphone :
“Je sais que tu seras crevée, alors j’ai fait ça pour toi ❤️.”Visualiser la scène de décision : vous, à 20h, face au placard, hésitant entre “effort” et “facile”.
Visualiser, c’est créer un pont d’empathie entre nos différentes versions de nous-mêmes.
Le mot de la fin 🌸
Au fond, le hot–cold empathy gap nous rappelle quelque chose d’important :
nous ne sommes pas des machines à décisions cohérentes.
Nous sommes des êtres humains avec des hauts, des bas, des fuites d’énergie, des soirs où on n’a plus de batteries et des matins où on se croit invincibles.
Et c’est très bien comme ça.
La transition écologique n’a pas besoin que vous soyez parfaits.
Elle a besoin que vous soyez réalistes, doux avec vous-mêmes, et capables de créer des petits systèmes qui vous soutiennent même quand votre vie ressemble à une fenêtre internet avec 42 onglets ouverts.
Alors avançons avec nos versions du matin, du soir, du début et de la fin d’année, et toutes celles qui se glissent entre celles-là.
Elles sont déjà largement suffisantes pour faire bouger les lignes, du moment qu’on leur donne un peu de tendresse et deux-trois raccourcis bien pensés.
Je vous souhaite de très belles fêtes ✨
Merci à Pimpant de soutenir cette édition !
Pimpant, c’est une très jolie marque qui donne envie de se mettre au ménage ! Lessives en poudre, sprays rechargeables, sticks détachants… Des produits éco-conçus, et produits localement dans leur usine en Normandie !
👉 Contactez-moi à cassandre@thegoodhabits.fr pour être le prochain sponsor de cette newsletter.
Donnez votre avis sur cette édition, ça m'aidera à m’améliorer :
🧡 Bof bof
🧡🧡 C'était cool
🧡🧡🧡 J'ai A-DO-RÉ
L’astuce de la communauté
Que comptez-vous faire de votre sapin après les fêtes ? Il est possible de les recycler pour… nourrir des chèvres ! Une super astuce à découvrir :
Une astuce partagée par Moppie 🫶 Vous aussi, partagez vos tips sur la plateforme The Good Habits !
💌 Et si vous pensez que ce mail peut intéresser un(e) collègue ou ami(e), faites-lui en profiter :






